Les changeurs du temple d'une crise à l'autre

En politique, rien n'arrive par hasard

 Modus operandi des "changeurs du temple": d'une crise à la suivante 

Mais ce n'était-là qu'un hors-d'oeuvre et une mise en bouche avant le grand exploit de 1929. En dix ans, deux crises, celle de 1920 et surtout celle de 1929, ont dévasté les marchés boursiers intérieurs et provoqué une catastrophe mondiale. Le mécanisme est chaque fois d'une simplicité enfantine.

En 1921, afin de lutter contre la récession qui menaçait à la suite de la crise qu'elle avait provoquée en 1920, la FED ouvrit donc de nouveau les vannes des facilités monétaires, si bien qu'entre 1921 et 1929, non seulement la masse monétaire fut augmentée de 62%, mais un emprunt de bourse spécifique, appelé "margin loan" ("prêt marginal") était destiné à doper la bourse, donc, pensait-on, l'économie. Ce prêt offrait des conditions si phénoménalement attrayantes qu'il provoqua une ruée des demandeurs: il suffisait de payer 10% du prix d'une action pour en être le propriétaire nominal, le créancier, en général la banque, avançant les 90% restants. Les boursicoteurs se multiplièrent comme champignons après la pluie. Les indices montèrent jusqu'au ciel, ou presque. De 1925 à 1929, la hausse des cours de Bourse fut de 215 %. Cette période est aujourd'hui appelée "The Roaring Twenties", c'est-à-dire une décennie particulièrement prospère.

Il est impossible de traiter en quelques mots le krach boursier de 1929 et l'enchaînement des catastrophes qu'il engendra. Mais il est certain que ce déraillement économico-financier est la conséquence directe d'une politique chaotique de la Réserve Fédérale, qui s'était traduite par une politique monétaire accommodante et laxiste, ainsi que par la création d'un système d'emprunts si facilement accordés que l'indice boursier, le Dow Jones des valeurs industrielles a été multiplié par cinq durant la deuxième moitié des années vingt.

Si l'on y ajoute un appel à des remboursements de prêts immédiatement exigibles par un établissement bancaire de New-York, qui contraignit d'innombrables détenteurs à vendre leurs actions en catastrophe, auxquels il faut ajouter les initiés qui s'étaient empressés de vendre au plus haut, la chute brutale de l'indice, la panique et le krach étaient inévitablement au bout de l'opération.

 

1929 - Krach - New-York

Des biographies de John-Pierpont Morgan, de Joseph Kennedy - le père du Président - de John Davison Rockefeller et de Bernard Baruch indiquent que ces honorables industriels et banquiers ont réussi à vendre tous leurs titres et à convertir leur fortune en or juste avant le krach de 1929. Une légende rapporte que Joseph P. Kennedy avait décidé de vendre son considérable portefeuille d'actions pour avoir obtenu un tuyau de la part ...d'un cireur de chaussures. Grâce à cette information pour le moins miraculeuse, la fortune des Kennedy est passée de 4 millions de dollars en 1929 à 100 millions de dollars en 1935.

 

Joseph Patrick Kennedy Sr (1888-1969) et son fils John Fitzgerald (cliché de 1960)

 

Il est d'autant plus judicieux de rappeler le commentaire du Président Roosevelt - "En politique, rien n'arrive par hasard. Chaque fois qu'un événement survient, on peut être certain qu'il avait été prévu pour se dérouler ainsi" - que la Réserve fédérale, par un des ces mouvements d'accordéon dont elle est coutumière, a brusquement contracté l'offre monétaire, créant une dépression catastrophique qui a contaminé l'Europe et provoqué la faillite de 11.630 banques sur un total de 26.401 aux Etats-Unis. Du coup, les banquiers centraux ont pu acheter à des prix dérisoires des banques rivales et des pans entiers de l'économie.

Le 23 mai 1933, dans un discours retentissant de vingt-cinq minutes devant la Chambre des Représentants, un membre du Congrès, Louis T. McFadden, a porté des accusations formelles contre le Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale, contre le Contrôleur de la monnaie et contre le Secrétaire duTrésor, les accusant d'actes criminels, de complot contre la nation, de fraude et de trahison. Il accusait ces responsables politiques et les banquiers de la Réserve fédérale d'avoir délibérément provoqué la "Grande Dépression".

 

 

"Monsieur le Président, nous avons dans ce pays une des institutions les plus corrompues qui ait jamais existé dans le monde. Je fais référence au Conseil de la Réserve Fédérale et aux banques de la Réserve Fédérale. (...) Cette institution diabolique a appauvri et ruiné le peuple des États-Unis; s'est elle-même mise en banqueroute, et a pratiquement mis en banqueroute notre Gouvernement. Elle a fait ceci grâce aux défauts de la loi sous laquelle elle opère, grâce à la mauvaise administration de cette loi par le Conseil de la Réserve Fédérale et grâce aux les pratiques de corruption des vautours qui la contrôlent.

Ce qu'il nous faut ici est un retour à la Constitution des États-Unis. Il nous faut un divorce complet de la Banque et de l'État. La vieille lutte qui fut menée ici à l'époque de Jackson doit être à nouveau menée. (...) L'Acte de la Réserve Fédérale doit être abrogé et les Banques de la Réserve Fédérale, ayant violé leurs chartes, doivent être immédiatement liquidées. De déloyaux fonctionnaires du Gouvernement qui ont violé leurs serments doivent être mis en accusation et conduits au tribunal. Si nous ne le faisons pas, je prédis que le peuple américain, outragé, volé, pillé, insulté et trahi comme il l'est dans son propre pays, se mettra en colère et enverra ici un Président qui expulsera les manipulateurs de la monnaie hors du temple."

Discours de Louis T. McFadden Le 23 mai 1933, devant la Chambre des Représentants

 

Une fois de plus, la mystérieuse calamité qui s'abat sur les contestataires des usuriers a frappé. Le député Louis McFadden a échappé à plusieurs tentatives de meurtre: à deux reprises, un tireur le rata et il survécut une première fois à une tentative d'empoisonnement au cours d'un banquet. La deuxième tentative semble avoir été la bonne, mais sa mort est officiellement attribuée à une crise cardiaque. Il est mort trois ans seulement après son célèbre discours.


Commentaires (1)

1. F Chausson 18/02/2013

Je souscris bien volontiers au constat de l'incompétence passée de nos institutions financières.

Il me semble, par exemple, que la relation entre l'inflation et l'accroissement de la masse monétaire n'a été établie que relativement récemment dans l'histoire récente.

FC

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Date de dernière mise à jour : 09/10/2013

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