Le trou blanc dans le temps...

 

Le trou blanc dans le temps. 
Notre évolution future selon Peter Russell 

Par Jean Hudon 



«Salué mondialement comme le "nouveau Buckminster Fuller", Peter Russell a été proclamé visionnaire moderne par Ted Turner, John Sculley de Apple Computers, Timothy Leary, et plusieurs autres. Le trou blanc dans le temps offre une nouvelle perspective révolutionnaire sur la place qu'occupe l'humanité dans l'univers. Explorant les patterns sous-jacents à notre long voyage évolutif, ainsi que la nature même du temps, Russell démontre que notre futur pourrait culminer en un zénith évolutif étonnamment positif et créateur vers lequel se dirige l'univers depuis des milliards d'années.» 

Dans un numéro précédent (été 93), nous avions abordé le livre La Terre s'éveille qui avait fait découvrir Peter Russell à un vaste public. Dans une fresque grandiose récapitulant toute l'histoire de la Vie sur Terre, il présentait alors au monde la thèse voulant qu'à travers l'évolution de la conscience humaine, c'est la planète Terre elle-même qui s'éveille. Reprenant dix ans plus-tard ce thème qui lui est cher, ce scientifique britannique fort polyvalent nous livre dans son plus récent ouvrage le fruit de ses découvertes et intuitions les plus éblouissantes. 

D'entrée de jeu, il nous situe face à l'infini du temps et de l'espace où l'humanité semble n'occuper qu'une place infiniment insignifiante. Pourtant, nous annonce-t-il en préface de son nouveau livre The White Hole in Time, son intention est de nous démontrer qu'en dépit de toutes les apparences, notre espèce est sur le point de vivre un point culminant évolutif dépassant tout ce que nous pourrions imaginer et que notre destin est au coeur même de la raison d'être de l'univers. 

Bien que les conclusions auxquelles il est parvenu puissent être erronées, l'admet-il volontiers, il réussit néanmoins brillamment tout au long du livre à partager avec nous sa passion de comprendre le devenir humain. La vision qu'il évoque ne peut qu'éveiller en nous une soif grandissante de participer avec toute la lucidité possible à cette épopée cosmique qui se déroule sous nos yeux... en fait tout au coeur de l'instant présent. 

Évolution physique, biologique et humaine 

L'évolution de plus en plus rapide que nous connaissons ressemble presque à un moteur qui s'est emballé: rien ne semble devoir ralentir le progrès - ni alléger le stress de plus en plus grand imposé à notre rythme de vie et à l'ensemble des écosystèmes de la Terre, surchargés par notre démographie galopante et notre consommation effrénée. L'incertitude face à l'avenir ne fait que croître tellement le rythme des changements de toute nature s'est accéléré. Une seule constante demeure: le changement. 

Pour mettre en perspective l'accélération de l'évolution, Russell utilise une analogie à la portée de tous. Prenons, suggère-il, l'édifice de 108 étages du World Trade Center à New York pour représenter l'ensemble de l'évolution physique et biologique de la Terre. Si on prend le niveau du rez-de-chaussée comme point représentant la formation de la Terre il y a 4.6 milliards d'années, il faut tout d'abord reconnaître que le processus de l'évolution physique de l'univers ayant précédé ce moment équivaut à des fondations de l'édifice plongeant à 2/3 de mille de profondeur dans le sol. Les premières cellules vivantes apparaissent au vingtième étage, soit il y a 3.5 milliards d'années. La photosynthèse des plantes évolua vers le cinquantième étage et les bactéries capables de respirer l'oxygène ainsi produit, dix étages plus haut. Les cellules plus complexes, capables de reproduction sexuelle et dotées d'un noyau central, apparurent au 70e étage; les organismes multi-cellulaires, dix étages plus haut. Suivirent les crustacés à partir du 90e étage, les poissons, les amphibiens et les reptiles. Les dinosaures régnèrent du 104e au 107e étage. Les mammifères occupent le dernier plancher et l'homo erectus ne commença à marcher qu'à quelques pouces du sommet. 

Ainsi, 99.99% de toute l'évolution terrestre s'est déroulée avant que nous n'entrions en scène. L'histoire connue de notre civilisation, depuis les pharaons d'Égypte, fait moins de un cinquantième de pouce; la Renaissance un millième de pouce, moins que l'épaisseur d'une couche de peinture; et l'histoire moderne équivaut à moins de la hauteur d'une microscopique bactérie. Où cette évolution de plus en plus accélérée nous mène-t-elle? Pour répondre à cette question, écrit-il, il faut d'abord voir comment nous en sommes arrivés là. 

Une des premières constatations qu'il dégage, à partir des connaissances modernes en biologie, est que la Nature progresse bien sûr vers un degré toujours plus grand de complexité des formes vivantes, mais surtout que, pour ce faire, elle établit d'abord une sorte de plate-forme, c'est-à-dire une structure stable d'organisation, au niveau moléculaire par exemple, d'où la Vie peut ensuite "bondir" vers des niveaux supérieurs d'organisation. Ainsi, alors que les premières molécules n'étaient composées que de quelques atomes, l'évolution physique de la matière mena un jour à la création de macro-molécules d'une stupéfiante complexité, telles les fameux ADN et ARN recelant l'ensemble du code génétique de la cellule. 

Ce système chimique de codification de l'information a depuis lors servi à noter toutes les modifications bénéfiques permettant de meilleures chances de survie de la cellule à l'aide d'un langage moléculaire fondé sur quatre ‘lettres’, combinées en triplets, formant un vocabulaire de 64 mots qui reliés ensemble créent des phrases de centaines de mots définissant de complexes molécules biologiques. De sorte qu'une seule molécule d'ADN renferme suffisamment d'instructions génétiques pour emplir un livre de 6,000 pages. Mais surtout, ce système ultra perfectionné a permis l'innovation spectaculaire de la reproduction sexuée, il y a de cela 1,500 millions d'années. Le partage du matériel génétique entre deux cellules s'accouplant allait donner naissance à une prolifération phénoménale de nouvelles formes de vie et mener à l'apparition des premiers organismes multicellulaires et à la spécialisation de groupes de cellules. À partir de cette nouvelle plate-forme, la Vie a pu ensuite développer les sens, le système nerveux et le cerveau afin de traiter toute l'information maintenant disponible grâce à ces nouveaux sens. L'évolution s'accélérait de plus en plus. 

Avec l'évolution du cerveau humain qui, avec celui des dauphins et des baleines, constitue la plus complexe structure connue de l'univers physique, la Vie disposait d'une fantastique plate-forme pour passer aux étapes suivantes de son Maître Plan de l'évolution. La capacité des êtres humains de communiquer entre eux grâce au langage et ainsi de partager le fruit de leurs expériences et découvertes allait peu à peu engendrer l'accumulation au fil des générations d'un savoir collectif d'où est née la civilisation humaine. 

La connaissance humaine ne cesse depuis d'augmenter. Selon les meilleures estimations disponibles, elle avait doublé en l'an 1,500 par rapport à l'an un, lui-même le fruit de 50,000 années d'accumulation de savoir - selon un système d'évaluation imaginé par l'économiste français Georges Anderla, l'an un de notre ère représentant l'unité de mesure de base. En 1750, la somme totale des connaissances avait à nouveau doublé, puis une fois de plus en 1900 atteignant ainsi 8 unités. La vitesse de doublement s'accéléra ensuite, passant de cinquante ans, à dix ans, à sept ans, puis à six, de sorte qu'en 1973 nous étions parvenus à 128 unités. Selon l'astrophysicien français, le Dr. Jacques Vallée, la connaissance collective de l'humanité doublerait aujourd'hui à tous les dix-huit mois! 

Cette insatiable soif de connaître nous pousse toujours plus loin dans la recherche non seulement de la réponse aux innombrables questions que nous nous posons sur le fonctionnement de l'univers physique, mais nous voulons aussi savoir d'où nous venons, pourquoi nous existons, quel est le sens de la vie et si la création a un but... De cette recherche sont nées les religions et la philosophie. De notre conscience en éveil, explique-t-il, est surgie la réalisation de l'existence du temps qui fuit, de la mort inévitable qui nous attend et d'une possible après-vie, de notre capacité de créer un avenir meilleur en choisissant consciemment nos actions, mais surtout nous sommes devenus conscients d'être conscients. À travers nous - et sans aucun doute à travers bien d'autres êtres dans l'infini de l'espace - l'univers s'était doté d'un instrument merveilleux lui permettant de se voir et d'être enfin conscient de sa propre existence. Quel chemin parcouru depuis le Big Bang primordial! 

Parallèlement à l'accumulation de connaissances, la fabrication, grâce à ces merveilleux instruments que sont nos mains, d'outils de plus en plus nombreux et complexes pour prolonger nos sens et nos membres et accomplir d'innombrables tâches, décupla notre pouvoir de transformer le monde et d'influencer notre propre futur. De cette nouvelle plate-forme sont surgis en un clin d'oeil évolutionnaire le feu, la roue, les machines et la révolution industrielle. Avec chaque nouvelle avancée technologique, c'est tout un univers de nouvelles possibilités qui s'ouvrait... et de nouveaux périls insoupçonnés qui nous guettaient. L'influence de l'esprit humain sur la matière est aujourd'hui des millions de fois plus important que lorsque l'homo erectus faisait ses premiers pas. Mais notre sagesse a-t-elle suivi le même rythme effréné d'évolution? Telle est bien sûr la question qui vient à l'esprit lorsqu'on songe au gâchis environnemental planétaire qui en a résulté et aux guerres de plus en plus cruelles auxquelles se livrent certaines nations encore aujourd'hui. 

Avec l'avènement successif de l'écriture, de l'imprimerie, du télégraphe, du téléphone, de la radio, de la télévision, des télécommunications modernes et des micro-ordinateurs, nous avons accru incommensurablement la vitesse à laquelle l'information est transmise et utilisée. Nous nous sommes interconnectés en une gigantesque sphère planétaire de conscience, pulsant de centaines de milliards de données échangées et traitées à une vitesse époustouflante. Emportée par ce phénomène de globalisation, notre espèce a atteint un seuil critique à partir duquel l'évolution s'apprête à faire un nouveau bond prodigieux. L'évolution de plus en plus rapide de la conscience a pris le pas sur l'évolution des formes biologiques, faisant de nous des co-créateurs actifs du processus évolutif. 

Pourtant, paradoxalement, écrit Russell, nous ne reconnaissons pas encore que nous faisons partie de l'évolution et que de se percevoir comme séparés du reste de la Nature constitue une dangereuse illusion. Nous ne réalisons pas que notre technologie et toutes les créations provenant de l'esprit humain sont en un sens aussi naturelles que les rayons des ruches d'abeilles ou les barrages construits par les castors. Cette perception faussée a donné naissance à un ensemble de valeurs nous menant à des actions qui nous séparent encore plus de la Nature. 

La vitesse de l'évolution s'est aujourd'hui accélérée au point que le monde change littéralement à vue d'oeil. Les innovations technologiques se succèdent à un rythme essoufflant. Mais une certaine myopie culturelle collective nous empêche toujours de ressentir notre unité indissociable avec la biosphère planétaire. Notre mauvaise utilisation de la puissance technologique à notre disposition menace maintenant de détruire la Vie sur Terre. Que nous réserve l'avenir? Comment éviterons-nous l'auto-destruction? 

À cela Peter Russell répond que la compréhension et le développement de la conscience humaine, un royaume presque vierge que nous commençons à peine à explorer sérieusement, donnera naissance à une foule de techniques et processus inédits qui nous aideront à penser plus clairement, avoir une meilleure mémoire, clarifier nos perceptions, nous libérer de nos peurs, accroître notre créativité, mieux communiquer et être plus honnêtes dans nos relations avec les autres. Cela pourrait bien déclencher le prochain grand bond évolutif et constituer le seul moyen de mettre un frein à la cupidité, l'agressivité, l'imprévoyance et l'égocentrisme qui dominent l'humanité depuis plus de 2,000 ans. Acquérir la sagesse nécessaire pour bien utiliser toute la puissance dont nous disposons s'avère bien être en effet le plus grand défi qui se pose à nous... et le seul moyen de poursuivre notre voyage évolutif. 

Évolution psychologique 

Dans la deuxième partie de son livre, Peter Russell nous montre l'envers de la médaille de notre éclatante réussite évolutive en tant qu'espèce. La liste des calamités qui nous affligent est maintenant bien connue: progression géométrique de la population mondiale qui pourrait culminer à 12 milliards d'individus avant de se stabiliser au siècle prochain; déforestation accélérée, désertification et extinction à chaque année de plus de 10,000 espèces; changements climatiques mondiaux et perte de sols arables au rythme de 6 milliards de tonnes par an; amincissement de la couche d'ozone avec ses conséquences potentiellement catastrophiques pour toute Vie sur Terre et pollution chimique et toxique de tout notre environnement, sont quelques-unes des épées de Damoclès qui pendent au-dessus de nos têtes. 

Mais tout cela était sans doute inévitable, en convient-il. Dès le moment où nous avons découvert le feu et entamé notre élaboration d'outils de plus en plus complexes pour simplifier notre existence, un but certes louable en soi, la crise actuelle était dès alors tout à fait prévisible. Cependant, maintenant que nous savons que nous courons à la catastrophe, qu'attendons-nous pour modifier nos comportements destructeurs? Pourquoi manquons du courage nécessaire pour faire face à la vérité? 

Nous disposons pourtant des connaissances scientifiques et des outils technologiques requis pour corriger la situation. Il suffirait, selon le WorldWatch Institute, d'un programme intensif de protection des sols, de reboisement, de réduction de la croissance démographique, d'annulation de la dette du Tiers-Monde, d'augmentation de l'efficacité énergétique et de développement de sources d'énergies renouvelables, réparti sur six ans et évalué à 750 milliards de dollars, pour régler les plus urgents problèmes. Une somme colossale diront certains. Pourtant cela ne représente que le budget militaire mondial annuel... 

La volonté de changer nous manque. Comment pouvons-nous être à la fois si intelligents et si stupides? Comment une espèce qui comprend qu'elle est en train de détruire l'écosystème vital pour son existence - et qui continue néanmoins à le détruire, peut-elle être qualifiée d'intelligente? Nous ressemblons en tous points à des cellules cancéreuses, signale Russell, qui se multiplient jusqu'à détruire l'organisme dont dépend leur survie. Là où le bât blesse, propose-t-il comme explication, c'est que nos attitudes et nos valeurs, de même que la façon dont nous voyons la vie, dont nous nous percevons et ce que nous croyons être important, sont à la base même de toutes nos erreurs. Mais d'où provient cette pensée disfonctionnelle? Quel "virus" a infecté notre esprit au point de provoquer cette folie? C'est une erreur de programmation mentale, affirme-t-il, qui en est à l'origine et, non bien sûr, une mauvaise conception de notre véhicule biologique. 

Par ailleurs, force nous est de constater qu'aujourd'hui la plupart des gens vivant dans les pays développés n'ont à consacrer que très peu de leur temps et de leur attention à la satisfaction des besoins physiologiques vitaux (nourriture, abris, chaleur, etc.). En fait, l'essentiel de nos énergies est tourné vers la satisfaction de besoins psychologiques qui déterminent donc dans une large part la nature des désirs que nous avons. Ces besoins psychologiques - avoir une bonne estime de soi, recevoir de l'attention, se sentir approuvé par les autres, avoir un minimum d'intimité, être aimé, se sentir en sécurité, avoir le contrôle, exercer du pouvoir, vivre des moments d'excitation intense - nous cherchons cependant en général à les satisfaire de la façon que nous connaissons le mieux, c'est-à-dire en agissant sur le monde à l'extérieur de nous. Et c'est là que réside en bonne partie notre erreur, car ce ne sont que rarement les autres personnes ou les circonstances extérieures qui sont la cause réelle de notre inconfort intérieur; en fait, ce sont plutôt des causes profondes en nous-mêmes qui en sont à l'origine. Pourtant, chercher à compenser un manque intérieur en apportant des ajustements dans le monde extérieur ne sera jamais qu'une solution bien temporaire car le manque intérieur profond refera toujours surface. 

Un autre élément exerçant une grande influence sur nos comportements est notre sentiment d'identité que nous relions faussement à notre expérience ou à notre interaction avec le monde. Nous nous identifions en fonction de notre emploi, de notre statut social, de notre corps, de notre sexe, de notre nationalité, de nos croyances, des biens matériels que nous possédons, etc. Hélas, rien n'est plus vulnérable qu'un tel sens d'identité fondé sur le transitoire et l'imprévisible. Ajoutez à ces deux erreurs de perception fondamentales, le pouvoir amplificateur de la technologie et vous réalisez, conclut Russell, que dans notre recherche sans fin de satisfaction de nos besoins psychologiques et d'affirmation de notre identité, nous exerçons collectivement une pression démesurée sur les ressources et l'environnement terrestre, comparativement à nos besoins physiologiques réels. Les crises planétaires que nous traversons ne seraient donc, à son avis, que des symptômes révélant l'ampleur de la profonde crise psychologique que nous vivons. 

Cette transe culturelle qui nous maintient dans un état de quasi hypnose collective est constamment renforcée par le déluge quotidien de messages véhiculés par la télévision, la radio, les journaux, les magazines et tous les autres véhicules publicitaires qui nous répètent inlassablement que la seule façon de trouver le bonheur, c'est de posséder, consommer et faire des choses. Jamais ne nous encourage-t-on à simplement être! Cette perversion de l'esprit est aujourd'hui tellement répandue que nous sommes tous à la fois responsables et victimes de cette hypnose collective, car nous nous persuadons tous les uns les autres de ces faussetés mille fois répétées. Et comme peu d'entre nous encore acceptent de remettre en question ce conditionnement social, nous sommes tous pris au piège de la compétition globale pour obtenir toujours plus et plus pour nous seuls, ce qui forcément entraîne l'épuisement des ressources et la destruction de la Nature. 

Bien sûr, il n'y a rien de mauvais en soi à vouloir améliorer nos conditions de vie et à chercher à être heureux. C'est le critère fondamental sur lequel se fondent toutes nos décisions. C'est la manière dont nous nous efforçons d'y parvenir qui pose problème, guidés comme nous le sommes par l'idée bien matérialiste que si quelque chose ne va pas en nous, c'est qu'il nous faut changer quelque chose à l'extérieur de nous. Tel est bien le "virus" qui, selon Russell, affecte notre esprit et modèle notre pensée ego-centrée. Au point que nous sommes devenus dangereusement dépendants du matérialisme et, de ce fait, obsédés par l'argent qui est aujourd'hui le symbole ultime de notre dépendance aux choses qu'il nous permet d'acquérir. 

Ainsi, pour parvenir à nos fins et atteindre le nirvana matérialiste porté aux nues du consommateur "consommé" par sa dépendance, tous les coups sont permis, justifiant ainsi toutes les inégalités et toutes les absurdités de notre civilisation - surproduction céréalière dans un pays alors que des millions de gens crèvent de faim dans un autre, destruction des forêts tropicales, croissance économique ininterrompue, etc. La dernière chose que notre présent système économique souhaite, c'est de nous voir nous éveiller et réaliser que nous n'avons pas vraiment besoin de la plupart des choses que nous achetons, lance Russell. Il ne veux pas que nous réalisions qu'il y a de meilleures voies qu'une continuelle consommation pour parvenir à la satisfaction intérieure. Cela stopperait le moteur de l'économie. Ceci pourrait d'ailleurs en partie expliquer pourquoi notre culture matérialiste semble refuser de prendre au sérieux le développement spirituel, ajoute-t-il. 

Pour nous sortir de ce cercle vicieux, il nous faut dépasser cette phase matérialiste de notre évolution et accepter de voir quelles en sont les conséquences au plan personnel, afin de commencer à ce niveau à changer ce qui doit l'être. L'anxiété résultant de la crainte de perdre toute ce dont notre bonheur - illusoire - dépend, la peur de manquer d'argent ou de temps, la peur de mourir, les peur des autres et la peur de ce que l'avenir nous réserve sont autant de conséquences néfastes au plan personnel de cette dépendance maladive en des solutions extérieures à notre sentiment intérieur de manque. 

À moins de faire le choix conscient de nous libérer de ces peurs, nous ferons tout pour résister au changement et n'arriverons pas à nous y adapter. La pression du stress accablant qui résulte de notre résistance au changement ne pourra alors qu'affecter notre santé, notre bien-être intérieur, notre jugement, nos perceptions et nous rendre déprimés, agressifs et irrationnels. Nous avons donc tout intérêt à apprendre à mieux gérer nos pensées, prône Russell, afin de contrôler ce qui est à la source de nos peurs, c'est-à-dire la voix en notre esprit qui porte des jugements et interprète tout ce que nous voyons. Ce faisant, nous commencerons à revoir les valeurs et attitudes qui guident nos vies et apprendrons à mettre notre ego de côté. Nous pourrons alors peu à peu découvrir l'existence d'un moi (ou Soi) profond qui nous aidera à sortir du rêve à demi-éveillé dans lequel nous vivons quotidiennement. 

Nous arrivons enfin ici, après le long cheminement de raisonnements successifs que nous proposait Peter Russell, au centre même de la réalisation essentielle et vitale à laquelle il désire nous amener... Pour nous éveiller de ce cauchemar collectif qui nous entraîne à toute vitesse vers un suicide écologique planétaire, la seule porte de sortie qui s'offre à nous est une transformation complète de notre perception intérieure, un profond éveil spirituel qui nous permettra enfin de découvrir la raison d'être de notre existence en cet univers. Cessant d'être perdus dans les illusions sans fin du rêve que nous faisons tous, nous deviendrons le rêveur du rêve, consciemment, et réaliserons du même coup qui nous sommes. 

Certainement pas ce corps que nous habitons. Certainement pas cet emploi que nous occupons. Ni tous ces souvenirs et tous ces projets que nous avons. «Connais-toi toi-même», nous enjoignaient les anciens Grecs. Cette éternelle quête de l'humanité est aujourd'hui devenue d'une vitale nécessité pour la survie de notre espèce. Après cette étourdissante descente dans la matière que nous avons dû faire, après les balbutiements d'une conscience à peine éveillée des brumes de notre longue évolution biologique, après une longue lutte pour assurer notre survie physique, nous sommes parvenus au seuil d'une incroyable découverte, d'une éblouissante révélation. Nous sommes sur le point d'être libérés de la peur, de nos conditionnements, de notre attachement au temps et surtout d'une perception faussée de nous-mêmes. Le véritable travail, celui de notre propre éveil, peut enfin commencer. 

Évolution spirituelle 

Par où commencer? Quel guide saura nous montrer le chemin hors du dédale sans fin que notre conscience "hypnotisée" a tressé en notre esprit? Nous savons maintenant que ce n'est pas le fait d'avoir ou de faire des choses qui peut nous apporter la paix de l'âme. Nous savons aussi que la solution n'est pas extérieure mais intérieure. C'est notre perception qui doit changer. Mais comment faire? Pris au piège de l'envoûtement de l'ego, cet habile manipulateur qui sans cesse nous parle au creux de la tête, porte des jugements sur tout et rien, et nous dit ce qui est bien ou mal, répétant tel un perroquet bien dressé toute les sottises dont on nous a bourré le crâne, nous sommes tels des fétus de paille, perdus dans la tourmente d'un univers intérieur empli d'illusions et de peurs, et criblés d'attachements maladifs à tout ce que nous croyons essentiel pour notre bonheur. 

La transe dans laquelle nous sommes plongés est profonde et le défi semble insurmontable. Pourtant il est possible de s'en sortir. Des milliers l'on fait avant nous. Des millions sont en train de le faire et bientôt des milliards suivront! Peter Russell nous donne un exemple illustrant bien où nous en sommes. Nous sommes comme un homme à qui on aurait dit toute sa vie de se tenir fermement à une corde et de ne pas la lâcher sous aucun prétexte au risque de tomber et mourir. Arrive un sage qui lui dit que la sécurité offerte par la corde est illusoire et que s'il consentait à prendre le risque de la relâcher un peu, il en éprouverait une joie profonde et une réelle sécurité. Un seul doigt d'abord lui suggère-t-il... Après quelques hésitations, l'homme se dit qu'il ne risque pas grand chose après tout pour goûter à un peu de béatitude et il tente le coup. 

Comme promis il en ressent une grande joie, mais ce n'est pas suffisant pour amener un bonheur durable. Après avoir été ainsi encouragé par le sage à relâcher graduellement sa prise sur la corde, un doigt après l'autre, l'homme en arrive enfin à surmonter la grande peur qu'on lui avait inculqué et il relâche le dernier doigt qui le retenait à la corde. Son bonheur est total et, à sa grande surprise, plutôt que de tomber, il réalise qu'il est simplement debout sur le sol ferme et qu'il est enfin libre d'aller où bon lui semble. Il en est de même pour nous. Il suffit de relâcher peu à peu notre adhésion à la transe culturelle qui nous maintient dans une illusoire sécurité, pour accepter enfin le risque de découvrir l'univers d'un oeil différent et ainsi changer totalement notre perception sur tout ce qui nous entoure et surtout sur nous-mêmes. 

Ce lâcher-prise, si l'on s'y abandonne de tout notre coeur, nous ouvrira la porte sur un univers merveilleux où nous vivrons des instants véritablement divins. Survenant parfois comme par magie, par la grâce d'une conjonction unique de circonstances et de disponibilité intérieure, ces moments d'extase, toujours trop courts mais d'une indescriptible intensité fulgurante, marquent à tout jamais la conscience et laissent entrevoir l'extraordinaire conscience d'être et l'ineffable paix de l'âme qui nous attendent lorsque nous aurons retrouvé le Chemin qui mène à Dieu. Après avoir vécu de tels instants, l'on ne peut ensuite que trop bien réaliser à quel point nous sommes attachés à nos désirs, à nos craintes, à nos opinions et à tout ce qui nous maintient dans l'illusion. 

La pratique du détachement, surtout le détachement du fruit de nos actions, et la découverte du Soi profond que de telles expériences nous amènent à faire, nous mettent alors sûrement sur la Voie royale menant à l'illumination de l'être. Nous cultivons l'art de vivre le moment présent, laissant de côté les souvenirs passés préoccupants et toute inquiétude face à l'avenir, demeurant indifférents au bavardage omniprésent de notre incessant dialogue intérieur, pour centrer toute notre attention au sein de la pure essence de notre être, dans la conscience du veilleur silencieux qui sait, observe et est. Ainsi libéré du fardeau de tout ce qui le retenait dans le monde phénoménal de la matière, notre esprit peut alors se tourner vers le véritable service, rire sereinement de tous les petits bonheurs que la vie apporte et resplendir d'un amour inconditionnel et communicatif pour tous les êtres qui habitent l'univers où nous avons la grâce de vivre. 

Ce tableau idyllique ne doit cependant pas nous faire oublier où nous en sommes. Le chemin à parcourir est long. Une des meilleures façons de mettre à l'épreuve notre conscience nouvelle naissante et de renforcer notre capacité d'harmonisation avec notre lumière intérieure, suggère Russell, consiste à appliquer dans nos relations personnelles la compréhension plus large de la vie que nous découvrons. Il nous propose toute une série d'expériences et de points de vue de nature à favoriser l'émergence d'un véritable amour inconditionnel. Ainsi, il nous invite tout d'abord à prendre conscience à quel point l'amour que nous professons pour notre partenaire de vie est souvent conditionnel à ce qui nous satisfait chez cette personne, spéciale à nos yeux: son apparence physique, sa manière de s'habiller, ses talents, son comportement, etc., toutes conditions qui font qu'elle comble nos attentes. 

L'expression d'un amour dénué de toute forme de jugement, empreint de compassion et d'acceptation, durable et désintéressé, dans le contexte d'une relation de couple ou envers n'importe quel autre être, est à maints égards semblable à l'amour que Dieu nous porte - selon la conception que chacun de nous a de cet être. Toute relation entre deux êtres humains constitue donc le laboratoire où peut se faire notre propre libération des attaches et illusions qui nous emprisonnent. Russell nous encourage entre autres à saisir l'immense potentiel d'évolution spirituelle offert par la vie en couple. Notre conjoint peut en effet nous aider à devenir conscient de nos peurs cachées et de nos divers attachements psychologiques et ainsi favoriser notre croissance vers une plus grande maturité. 

Il peut également nous aider à voir nos réactions négatives face aux conséquences de nos rêves illusoires, nous aider à reconnaître nos erreurs et nous éveiller à notre vérité intérieure. En pratiquant le pardon avec notre conjoint, nous apprendrons aussi à nous détacher de la croyance voulant que nos états émotifs, nos colères et nos sautes d'humeur soient causés par l'autre. Nous accepterons alors d'assumer la responsabilité de notre propre détresse et changerons notre perception face à la notion de faute de l'autre, qui n'est après tout rien de plus qu'une banale erreur d'apprentissage d'une personne encore prise au piège de l'illusion - tout comme nous d'ailleurs. De même, cette capacité de pardonner appliquée envers soi-même pourra atténuer tout sentiment de blâme démesuré contre nous ou de honte destructrice, et nous aidera à mieux se comprendre et s'aimer. 

On le voit, Peter Russell, ne ménage aucun effort pour nous offrir des outils et pistes de recherche de nature à favoriser notre éveil et notre épanouissement spirituels. Et bien sûr, il aborde en détail l'art de la méditation, son importance, ses bienfaits et sa nature essentielle. Il nous en recommande vivement la pratique quotidienne afin de raffermir la conscience de notre soi transcendantal, stimuler notre reprogrammation mentale et trouver la paix profonde de l'esprit au repos, libéré du verbiage de l'ego. 

Il nous propose d'autre part une expérience destinée à nous faire réaliser que le sentiment d'être conscient, de percevoir les choses, le centre même où se situe l'acte de penser n'a pas nécessairement à être relié avec notre cerveau, ni avec l'un ou l'autre des "récepteurs sensoriels" dont nous disposons. Il nous amène ainsi à réaliser que la conscience existe en soi, séparée de tout support physique. Le sentiment de conscience désincarnée parfois ressenti au plus profond de l'abandon intérieur, lorsque nous sommes dans un bain flottant par exemple, ou lors d'une projection astrale, en est une bonne illustration. Et si l'existence du Soi, la partie en nous qui fait l'expérience des choses, n'est pas liée à la matière, elle ne l'est pas plus en regard du temps, puisque nous pouvons nous projeter en pensée aussi bien dans le futur que dans le passé. Nous sommes donc en fait, conclut-il, des êtres extra-spatio-temporels! 

Ayant situé notre nature réelle dans le monde de l'esprit auquel fondamentalement nous appartenons, Russell se sert ensuite de la théorie de la Relativité d'Einstein pour comparer notre conscience à la lumière physique, traçant plusieurs parallèles entre les conclusions scientifiques issues de cette théorie et nos connaissances sur la nature de l'esprit, du Soi qui habite et utilise notre corps. Finalement, après nous avoir fait cheminer de l'apparition et l'évolution de la Vie sur Terre jusqu'aux plus récentes hypothèses et expériences sur la nature de la conscience, Peter Russell pose la grande question qui le tenaille tant... Les éons d'évolution ayant mené à notre émergence auront-ils servi à quelque chose?... Aurons-nous la sagesse de ne pas détruire le monde?... Arriverons-nous à nous libérer de nos entraves matérielles et temporelles pour redevenir les esprits de Lumière que nous sommes en réalité?... 

Évolution cosmique 

La crise que nous traversons constitue à la fois une menace grave pour notre avenir et une excellente opportunité de passer au stade suivant de notre évolution. Ce n'est pas simplement notre monde tel que nous le connaissons qu'il faut "sauver", car ce ne serait que perpétuer un mode d'existence voué à disparaître de toute façon. C'est de notre propre mode de conscience égocentrique que nous devons en fait nous sauver. Le nouveau saut évolutif à faire requiert non pas une nouvelle adaptation biologique mais une profonde et définitive transformation de la conscience. 

Citant les anciennes prophéties des indiens hopis qui avait prédit l'arrivée de l'homme blanc en Amérique, ses inventions d'attelages ne nécessitant pas de chevaux, la Deuxième guerre mondiale, la création des Nations Unies, le voyage sur la lune et l'établissement d'une ville dans le ciel (station orbitale habitée), Russell mentionne le fait remarquable que les prophéties hopis expliquent qu'à l'apogée de la folie de l'homme blanc, une grande sagesse retournerait de l'Orient. Si l'homme écoute la sagesse, il s'en suivra une transformation consciente et une renaissance de l'humanité; sinon, ce sera la fin de toute vie. Nous aurons un choix à faire, un choix impliquant un changement de nature spirituelle, insiste Russell. 

Une telle renaissance spirituelle, non pas l'apparition d'une nouvelle religion mais bien un développement de plus en plus accéléré au plan spirituel de chaque individu, lui apparaît être la seule porte de sortie de la crise, justifiant de ce fait que nous y consacrions toutes les ressources disponibles dans un suprême effort commun, comme le firent les Américains avec le Projet Manhattan lorsqu'ils conçurent la première bombe atomique. L'évidence qu'un fort probable holocauste environnemental causera sous peu une nouvelle extinction massive d'espèces, semblable à celles que la Terre a déjà connu dans son histoire, devrait fouetter notre conscience collective et accélérer notre éveil. Libérant notre créativité de notre fascination pour tout ce qui touche la matière, grâce notamment à une plus grande maturité psychologique, nous pourrions décupler la vitesse d'évolution de notre conscience et faire des pas de géant dans notre développement spirituel. 

En fait, signale Russell, ce phénomène d'accélération exponentielle de l'évolution s'observe déjà autour de nous. S'il a fallu des milliards d'années pour parvenir à l'apparition d'une première cellule vivante, le passage aux différents stades subséquents d'évolution (ou plate-formes) s'est fait en un temps de plus en plus court, de sorte que nous pourrions comparer l'évolution à une spirale aux spires de plus en plus serrées. Ainsi, d'après une étude de l'histoire de l'évolution terrestre et humaine réalisée par le philosophe américain Terence McKenna, la vitesse de l'évolution est 64 fois plus rapide à chaque fois que nous passons d'une grande étape à l'autre. Selon ses calculs, le centre de la spirale évolutive, ou la fin de la compression du temps requis pour passer d'une étape à l'autre, se situerait en décembre 2012; et fort curieusement, c'est précisément le 22 décembre 2012, signale Russell, que se termine le 5 200e et dernier cercle du mystérieux calendrier maya... Une coïncidence trop frappante pour ne pas être prise en considération! 

Comment arriverons-nous à nous adapter à une telle accélération de l'évolution? Voilà une question à laquelle seul le proche avenir pourra apporter une réponse. Mais le changement concernera surtout notre conscience qui s'éveillera de plus en plus rapidement. Nous devrions donc découvrir en nous les ressources nécessaires pour réussir à surmonter cette épreuve. Déjà prédite par Teilhard de Chardin dans son essai intitulé Mon univers, ce "Point Oméga", où tous réaliseront simultanément leur unité avec Dieu, sera à certains égards semblable au phénomène du trou noir par lequel la force gravitationnelle d'une étoile super-géante devient si intense après son implosion finale que même la lumière ne parvient plus à s'en échapper. 

Telle est bien l'apothéose inimaginable, grandiose, titanesque à laquelle nous destinerait le créateur de l'univers, soupçonne Russell. La force d'Amour engendrée par l'éveil d'un nombre suffisant d'êtres incarnés déclenchera une véritable ‘supernova spirituelle’ irradiant l'ensemble du monde d'une lumière intérieure capable de fusionner en un seul tout l'ensemble de l'humanité... Un trou blanc s'ouvrira dans le temps, nous entraînant tous dans un nouvel univers de conscience, encore inaccessible même à la pensée la plus dégourdie. 

Rien de tout cela ne sera l'effet du hasard. Comme la science nous l'a révélé, il fallait exactement l'ensemble des lois physiques et biologiques connues pour donner naissance à la Vie et engendrer une intelligence capable d'apprécier la beauté de l'univers. La moindre variation à l'un quelconque des facteurs cruciaux dont dépend la merveilleuse harmonie du cosmos et la Vie ne serait pas apparue. L'eau elle-même, dont les prodigieuses propriétés en font un des ingrédients essentiels à l'évolution de la Vie, en est un des meilleurs exemples. En fait, dans l'ensemble des possibilités de paramètres différents que les lois physiques et biologiques auraient pu adopter, une seule sur un milliard d'autres pouvait permettre l'essor prodigieux de la Vie. Il y a donc bien une Intelligence Suprême qui a conçu et créé l'univers et il y a bien un But à son existence. 

Nous ne sommes certainement pas la seule planète où la Vie s'est implantée. Plus de un quadrilliard d'autres planètes porteraient la Vie selon les estimations les plus optimistes, confirme Russell. Nous ne sommes qu'une "graine" de l'évolution parmi des milliards et des milliards d'autres projetées dans les vents de l'espace-temps. Pourtant, comme toutes les autres, nous avons la possibilité de "fleurir", après être parvenues à maturité, et donner les "fruits" pour lesquels nous avons été conçues. Il nous faut cependant passer au préalable un test d'intelligence cosmique. Si nous utilisons sagement les prodigieux pouvoirs à notre disposition et mettons notre créativité au service de tous les êtres partageant avec notre espèce ce berceau planétaire où nous sommes nés, nous pourrons alors continuer pendant les éons à venir à porter le précieux Flambeau sacré de Vie, qui nous est confié aujourd'hui... à chacun d'entre nous.

 

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