Marie Besnard,« l'empoisonneuse de Loudun »

La veuve noire

12 dec 1961:Marie Besnard,« l'empoisonneuse de Loudun » est acquittée.

12 dec 1961:Marie Besnard,« l'empoisonneuse de Loudun » est acquittée.

Publié le 13/12/2007 à 12:00 par artsocial
12 dec 1961:Marie Besnard,« l'empoisonneuse de Loudun » est acquittée.
Marie Besnard (15 août 1896-14 février 1980), surnommée la « Bonne Dame de Loudun », une femme imposante mais avec une voix de fillette, fut soupçonnée d'être une tueuse en série et reste au centre d'une des énigmes judiciaires française du XXe siècle.

C'est le 21 juillet 1949 que Marie Besnard, de son nom de jeune fille Marie Joséphine Philippine Davaillaud, est inculpée de meurtre : douze personnes empoisonnées, dont son propre mari.

L'histoire se passe dans la petite cité de Loudun (8 000 habitants à l'époque des faits), là où l'affaire Urbain Grandier (né en 1590, et mort sur le bûcher de Loudun en 1634) avait fait grand bruit quelques siècles auparavant. On observe plusieurs similitudes entre ces deux affaires, dont la part très importante des rumeurs ; rumeurs qui ont joué dans l'arrestation de Marie Besnard comme dans celle d'Urbain Grandier. C'est ce que souligne Frédéric Pottecher, chroniqueur judiciaire à la radio du procès de Marie Besnard, dans la préface du livre Nous, Urbain Grandier et Martin Guerre, condamnés et exécutés (édition Cherche-Lune). Les deux accusés ne donnèrent jamais aucune information pouvant être retenue contre eux. Marie Besnard fut décrite comme « anormalement normale » par la psychiatrie.

Après trois procès, le premier à Poitiers, qui durèrent plus de dix ans, Besnard, accusée et menacée de la peine capitale, fut libérée en 1954 puis acquittée par la cour d'assises de Gironde le 12 décembre 1961.

Ce feuilleton judiciaire mobilisa la France entière pendant toute une décennie ; c'est, avec l'affaire Marie Lafarge, l'une des plus étonnantes énigmes d'empoisonnement.

Morts en série 
L'affaire Besnard débute à la mort de Léon Besnard, le 25 octobre 1947 à Loudun ; son décès fut attribué à une crise d'urémie.

Quelques jours après l'enterrement, Mme Pintou, amie et locataire des époux Besnard, confia à un proche que Léon Besnard, avant de mourir, lui avait confié : « que sa femme lui avait servi de la soupe dans une assiette où se trouvait déjà un liquide ». Les détails de ce témoignage furent portés à la connaissance de la gendarmerie puis à un juge d'instruction qui diligenta l'exhumation du corps de Léon Besnard, le 11 mai 1949.

Les prélèvements furent expédiés à un médecin légiste marseillais, le docteur Béroud, qui découvrit dans les viscères de Léon Besnard 19,45 mg d'arsenic pur.

Une enquête de police, suite notamment à un cambriolage survenu chez Mme Pintou, ainsi que le témoignage de nombreux habitants de Loudun, attira l'attention des magistrats et de la population sur les nombreux décès survenus dans l'entourage de Marie Besnard, à savoir :

le 1er juillet 1927 : Auguste Antigny (33 ans), cousin et premier époux de Marie Besnard, déclaré mort de tuberculose. Dans ses restes, exhumés, on découvrit 60 mg d'arsenic ; 
le 22 août 1938 : Marie Lecomte, née Labrèche (86 ans), grand-tante par alliance de Marie Besnard. Dans ses restes, exhumés, on découvrit 35 mg d'arsenic ; 
le 14 juillet 1939, Toussaint Rivet (64 ans), ami des époux Besnard. Dans ses restes, on découvrit 18 mg d'arsenic ; 
le 27 décembre 1941, Blanche Rivet, née Lebeau (49 ans), veuve de Toussaint Rivet, officiellement décédée d'une aortite. Ses restes contenaient 30 mg d'arsenic ; 
le 14 mai 1940, Pierre Davaillaud (78 ans), père de Marie Besnard, officiellement mort de congestion cérébrale. Ses restes contenaient 36 mg d'arsenic ; 
le 2 septembre 1940, Louise Gouin, née Labrèche (92 ans), grand-mère maternelle de Léon Besnard. La très faible quantité d'arsenic recueillie dans ses viscères exclut ce décès de la liste des victimes et ne fut pas retenu par l'accusation ; 
le 19 novembre 1940, Marcellin Besnard (78 ans), beau-père de Marie Besnard. Ses restes contenaient 48 mg d'arsenic ; 
le 16 janvier 1941, Marie-Louise Besnard, née Gouin (68 ans), belle-mère de Marie Besnard. Ses restes contenaient 60 mg d'arsenic ; 
le 27 mars 1941, Lucie Bodin née Besnard (45 ans), belle-sœur de Léon Besnard, retrouvée pendue chez elle. Ses restes contenaient 30 mg d'arsenic ; 
le 1er juillet 1945, Pauline Bodineau, née Lalleron (88 ans), cousine de Léon Besnard. Ses restes contenaient 48 mg d'arsenic ; 
le 9 juillet 1945, Virginie Lalleron, sœur de Pauline (83 ans). Ses restes contenaient 20 mg d'arsenic ; 
le 16 janvier, Marie-Louise Davaillaud, née Antigny (71 ans), mère de Marie Besnard. Ses restes contenaient 48 mg d'arsenic. 
Deux mobiles parurent évidents au magistrat instructeur :

L'argent, Marie Besnard ayant directement ou indirectement recueilli par héritage les biens de toutes ces personnes ; Elle possède et gère néanmoins par ailleurs une fabrique de corde prospère. Ces biens sont saisis ce qui ne permet pas à l'accusée de payer sa mise en liberté sous caution. Charles Trenet propose de la payer. 
La passion, Marie Besnard ayant, paraît-il, noué une relation particulièrement intime avec un ancien prisonnier allemand, Alfred Dietz, que les époux Besnard avaient conservé comme tâcheron. 
Consignés en détail dans l'acte d'accusation, tous ces éléments conduisirent à l'inculpation de Marie Besnard pour empoisonnement, avec la circonstance aggravante de parricide et de matricide.


Procès à rebondissements 

Preuves 
Le rapport d'autopsie, établi par le docteur Béroud sur la base d'analyses menées grâce à la méthode de Marsh et Cribier, conclut à des empoisonnements aigus suivant des intoxications lentes, liés à des imprégnations exogènes d'arsenic.

D'autres analyses toxicologiques furent réalisées par les professeurs Fabre, Kohn-Abrest et Griffon en 1952 et conclurent à la même présence anormale d'arsenic dans les prélèvements effectués lors de l'exhumation des cadavres.

Un rapport du professeur Piedelièvre, établit en 1954, confirma les conclusions des analyses de 1952 mais se montra plus nuancé que celui du docteur Béroud.

Un rapport du professeur Frédéric Joliot-Curie confirma la présence anormalement élevée d'arsenic dans ces mêmes prélèvements.


Acquittement 
La première raison de l'acquittement tient à l'attitude du docteur Béroud lui-même : contesté, il se défendit difficilement face aux avocats de Marie Besnard.

La défense fit valoir également que des erreurs d'étiquetage dans les bocaux contenant les prélèvements avaient été commises, certains bocaux pouvant avoir été perdus ou remplacés.

Une enquête au cimetière de Loudun permit de démontrer que le sulfatage des fleurs, le zinc des ornements funéraires pouvaient avoir saturé la terre du cimetière d'arsenic.

La longueur du procès, le dépérissement des preuves (le dernier procès ayant lieu en 1961), le retournement de l'opinion publique, lassée, conduisirent à l'acquittement par défaut de Marie Besnard.

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