Les 3 batailles de Poitiers

3 hauts faits du moyen âge

Au Moyen Age, Poitiers est une ville située à la croisée des chemins et en limites de plusieurs territoires.

De ce fait, elle devient un lieu d'affrontement.batailles-poitiers-2.png
La plaine de Poitiers (Seuil du Poitou) est un passage stratégique, entre bassin parisien et bassin aquitain et, de ce fait, elle voit se dérouler d'importantes batailles, tout au long du Moyen Age et même après. Pas moins de trois affrontements ont eu lieu aux alentours de Poitiers durant le Moyen Age, dont deux portent le nom de la ville; trois batailles qui ont toutes eu de lourdes conséquences sur l'histoire de la France.

Clovis à la conquête de la Gaule: la bataille de Vouillé (507)

clovis.jpgClovis est entré dans l'histoire en conquérant la Gaule. Devenu chef des Francs saliens en 481, la victoire de Soissons (486) lui permet d'être dans les meilleurs termes avec l'évêque Rémi de Reims et d'annexer un vaste territoire entre Loire et Somme. Clovis, fort de cette victoire et de ce soutien, part vers la rive gauche du Rhin, pour soutenir les Francs ripuaires contre les Alamans. La victoire de Tolbiac (496) lui permet d'obtenir le soutien de Sigebert, le chef des Francs ripuaires, alliance fort utile, avec celle des Burgondes, dans son combat contre Alaric II, roi des Wisigoths.
Les Wisigoths sont un peuple germanique dominant de vastes territoires au sud de la Loire et dans la Péninsule ibérique. Ils sont chrétiens depuis le début du IVe siècle mais suivent la doctrine d'Arius, contraire à l'orthodoxie de la foi, définie au concile de Nicée (325). Clovis et ses alliés lancent une "croisade" en Aquitaine afin de repousser les Wisigoths au-delà des Pyrénées. Les armées se rencontrent à Vouillé, au nord-est de Poitiers. Cette bataille voit une brillante victoire des Francs contre Alaric II.
Après 507 et la bataille de Vouillé, la grande majorité de la Gaule est sous la domination d'un seul peuple, les Francs, et d'un seul chef, Clovis. Avec ce chef chrétien, baptisé à Reims, les germes du royaume de France, avec ses regalia, sont déjà présents.

 

Qui dit « Bataille de Vouillé » parle d’une victoire de Clovis. Dans notre cas, cela signifie défaite des Wisigoths et mort de leur roi Alaric II. Étudions cet évènement plus en détails !

 

Localisation de Vouillé

Localisation de Vouillé

Au printemps 507, la plaine de  Vouillé (près de Poitiers) fut le lieu d’un affrontement important qui opposa Clovis, son fils Thierry et l’armée franque aux Wisigoths menés par Alaric II, espérant alors le soutien des Ostrogoths. Clovis souhaite alors étendre son territoire, comme de nombreux souverains avant lui. Pour cela, il s’est allié aux rois francs rhénans, Sigebert et Clodéric, et aux rois burgondes, Gondebaud et Sigismond.

 

Ce sont les Wisigoths qui débutèrent cette bataille, en utilisant la force de leur cavalerie tant redoutée. Toutefois, les Francs s’y opposent grâce à leurs francisques (armes de jet). La bataille se poursuit rapidement en un terrible corps à corps jusqu’à ce que Clovis lui-même abatte Alaric II, roi des Wisigoths. Cette mort soudaine du monarque est alors perçue comme un signe divin et engendre la fuite des Wisigoths vers le sud, emmenant avec eux Amalaric, l’héritier au trône. A cette date fut fondé le Royaume Wisigothique d’Espagne dont la nouvelle capitale fut Tolède.

 

En milieu de matinée, la bataille est alors déjà terminée. La défaite wisigothique était attendue : en effet, leurs alliés ostrogoths n’ont pu prendre part à ce combat, retenus par la menace byzantine (sans doute en concertation avec l’attaque franque de Clovis). Grâce à cette victoire, Clovis réussit à accéder à ce « Midi » bien gardé : il conquiert Toulouse, ancienne capitale des Wisigoths ainsi que la Narbonnaise (qui sera ensuite vite reprise par les Ostrogoths après le siège d’Arles). Clovis marque alors les premières frontières durables de la France, faisant d e Paris sa nouvelle capitale après Tournai car plus centrée sur ce royaume pourvu de nouveaux territoires au sud.

 

Grégoire de Tours, dans Dix livres d’Histoire, témoigne de cette bataille de la sorte : « L’armée se mit en marche vers Poitiers, où résidait alors Alaric. (…) le roi Clovis rencontra le roi des Wisigoths Alaric dans la plaine de Vouillé, à dix milles de Poitiers. Tandis que les uns attaquent de loin, les autres tiennent têt de près. Les Goths ayant tourné le dos et lâché pied, comme ils en avaient coutume, le roi Clovis obtint la victoire avec l’aide de Dieu. (…) Le roi venait de tuer le roi Alaric, dans la débandade des Goths, lorsque soudain, survinrent deux ennemis face à lui et le frappèrent de leurs lances de deux côtés à la fois, mais il eut la vie sauve grâce à sa cuirasse et à la vélocité de son cheval. Un grand nombre d’Arvernes venus avec Apollinaire, et qui appartenaient au plus haut de l’ordre sénatorial, périrent dans ce combat. Après la bataille, Amalric, fils d’Alaric, s’enfuit en Espagne, et régit avec habileté le royaume de son père. Clovis, lui, envoya son fils Thierry en Auvergne, en passant par Albi et Rodez. Chemin faisant, il soumit à sa domination les villes situées entre le territoire des Goths et la limite de la Bourgogne. Alaric régna vingt-deux ans. » [




Charles Martel repousse les Arabes hors du royaume franc: la bataille de Poitiers (732)

Vers 720, Charles Martel, maire du Palais de Neustrie, au service des rois mérovingiens, prend le pouvoir sur une grande partie de la Gaule, mais carte-france.jpgl'Aquitaine est encore hors de sa portée. Ses relations avec Eudes, le duc d'Aquitaine, sont plutôt difficiles. Ce dernier règne de manière autoritaire sur ce vaste territoire et souhaite conserver son indépendance.
Pourtant, lorsque les troupes musulmanes d'Abd el Rahman passent les Pyrénées et commencent à occuper le sud de la Gaule, Eudes est bien obligé de constater son impuissance malgré sa résistance. Il est finalement contraint de faire appel à Charles Martel pour chasser les envahisseurs sarrasins.

La rencontre a lieu au nord-ouest de Poitiers, non loin de la Vienne. Abd el Rahman est alors en route vers Tours pour voler les richesses du sanctuaire de Saint-Martin. Eudes et Charles sont à la tête d'une armée disciplinée et bien équipée. Le combat est rude et incertain jusqu'à la mort d'Abd el Rahman et le retrait de ses troupes.
Dans les faits, Charles Martel a seulement stoppé une razzia mais, chroniqueurs chrétiens et musulmans en ont fait un symbole. En vérité, suite à cette bataille, Eudes est considérablement affaibli et Charles prend peu à peu le contrôle des régions du sud de la Loire. L'avancée de Charles Martel n'arrête pas les raids des Sarrasins mais les empêche sans doute de s'implanter en Gaule. Leur zone d'influence en Europe reste la Péninsule ibérique pour de nombreux siècles.ch-martel-2.jpg

Menace sur l'Aquitaine

En 711, soit à peine 80 ans après la mort de Mahomet, les musulmans avaient atteint l'Espagne.

Ils traversent la péninsule en huit petites années et occupent en 719 le Languedoc actuel. Cette province, entre les Pyrénées et le Rhône, s'appelle alors Gothie, en souvenir des Wisigoths, ou Septimanie, d'après ses sept villes principales (sa capitale Narbonne, Agde, Béziers, Nîmes, Maguelone, Lodève et Elne).

Les nouveaux-venus sont arrêtés à Toulouse, en 721, par le duc Eudes d'Aquitaine. Ils tournent alors leurs regards vers l'est et prennent Nîmes et Arles en 725. La même année, ils lancent une fructueuse razzia sur la riche abbaye d'Autun, en Bourgogne.

Le duc d'Aquitaine, pendant ce temps, ne reste pas inactif. Il veut contenir la menace d'un retour offensif des musulmans d'Espagne et pour cela, s'allie au gouverneur berbère de la Septimanie, un musulman du nom de Munuza, en révolte contre ses coreligionnaires du sud des Pyrénées.

Pour consolider l'alliance, Eudes lui offre sa fille en mariage (les préjugés religieux étaient moins virulents en cette lointaine époque qu'à la Renaissance et encore de nos jours).

Mais l'alliance tourne court car Munuza est tué en affrontant le gouverneur d'Espagne Abd er-Rahman (on écrit aussi Abd el-Rahmann ou Abd al-Rahman). Ce dernier occupe la Septimanie. Il n'en reste pas là et décide de lancer une expédition contre les Aquitains.

Les Francs au secours des Aquitains

À la tête de ses troupes, composées d'Arabes et surtout de Berbères fraîchement convertis à l'islam, Abd er-Rahman marche vers Tours. Il n'a aucune intention de conquête mais veut simplement mettre la main sur les richesses du sanctuaire de Saint-Martin, essentiellement de belles étoffes et des pièces d'orfèvrerie offertes par les pèlerins.

Le duc d'Aquitaine, pendant ce temps, est occupé à contenir les Francs. Ces guerriers, qu'il regarde comme des «barbares», viennent de franchir la Loire et menacent ses possessions.

Leur chef Charles est issu d'une puissante famille franque d'Austrasie (l'Est de la France), les Pippinides. Il exerce les fonctions de maire du palais (ou «majordome») à la cour du roi mérovingien, un lointain descendant de Clovis. Quelques années plus tôt, il a refait l'unité des Francs en battant ses rivaux de Neustrie à Néry.

Eudes craint avec raison que Charles ne tourne désormais ses ambitions vers le sud de la Loire et l'Aquitaine. Mais face à l'avancée des musulmans, qui ont pris Bordeaux et Agen, traversé la Dordogne et pris Périgueux, il n'a plus guère le choix.

Dans l'urgence, il appelle Charles à son secours. L'autre accepte sans se faire prier, après que le duc lui eut juré fidélité. L'armée aquitaine fait sa jonction avec les contingents francs d'Austrasie et de Neustrie. On suppose que l'effectif total est d'environ 30.000 guerriers.

Bataille indécise

Confronté à l'approche des Francs et des Aquitains, Abd er-Rahman, qui vient de piller l'abbaye de Saint-Hilaire, près de Poitiers, doit interrompre sa marche. Les ennemis se font face à Moussais, sur la commune de Vouneuil-sur-Vienne, entre Poitiers et Tours.

Pendant six jours, les cavaliers musulmans et les fantassins chrétiens s'observent et se livrent à quelques escarmouches.

Le 25 octobre 732, qui est aussi le premier jour du mois de Ramadan, les musulmans se décident à engager la bataille. Mais leur cavalerie légère et désordonnée se heurte au «mur infranchissable» que forment les guerriers francs, disciplinés et bardés de fer. Abd er-Rahman meurt au combat et la nuit suivante, découragés, ses hommes plient bagage et se retirent.

Simple coup d'arrêt à une razzia, l'affrontement n'est pas moins évoqué par les chroniqueurs de l'époque, tant chrétiens que musulmans. Il sera plus tard magnifié par les premiers, désireux de plaire au vainqueur et à ses descendants, les rois et empereurs carolingiens.martelpoitiers.jpg

Triomphe des Francs

Charles ne s'en tient pas à cette victoire somme toute facile. Profitant de l'affaiblissement du duc Eudes, il s'empare des évêchés de la Loire puis descend en Septimanie et entame en 737 le siège de Narbonne. 

Le gouverneur musulman d'Espagne envoie par la mer une armée au secours de la garnison. Elle remonte l'Aude en direction de Narbonne cependant qu'une troupe de cavaliers musulmans lui arrive en  renfort. Charles choisit de frapper ceux-ci. Il les surprend et les défait dans les gorges de la Berre, une rivière qui se jette dans l'étang de Bages-Sigean.

L'armée musulmane ayant battu en retraite, les Francs reprennent le siège de Narbonne mais la ville, bien fortifiée, résiste tant bien que mal. 

De dépit, Charles abandonne le siège et saccage consciencieusement les autres villes de la région. C'est peut-être à cette occasion que le chef des Francs, père de Pépin le Bref et grand-père de Charlemagne, aurait gagné le surnom de Charles Martel(«celui qui frappe comme [ou avec] un marteau»).

Il appartiendra à son fils, le roi Pépin le Bref, de conquérir Narbonne et de chasser définitivement les musulmans de Septimanie en 759, trois ou quatre décennies après leur arrivée.



Jean II le Bon est fait prisonnier par les Anglais: la bataille de Nouaillé-Maupertuis (1356)

Poitiers est encore le théâtre d'une bataille importante, en pleine guerre de Cent Ans. Après la victoire de Crécy (1346), remportée par Philippe VI contre les troupes du roi d'Angleterre, Edouard III, une trêve est signée. Pendant dix ans, la situation est au statu quo: une grande partie du royaume est amputée car les Anglais occupent la Guyenne.
Le roi Jean II succède à Philippe VI en 1350. Les caisses sont désespérément vides et la bourgeoisie, de plus en plus puissante, lassée des gaspillages. Edouard III sent probablement la faiblesse du pouvoir et envoie son fils Edouard, le Prince noir, en expédition à travers le royaume de France. A partir de 1355, les pillages se multiplient et Jean II n'est pas en mesure de les arrêter, par manque de subsides.
Afin de financer l'affrontement inévitable, le roi doit promettre des réformes devant les Etats généraux. Ayant finalement obtenu l'argent demandé, il se lance à la rencontre du Prince noir et l'affrontement a, encore une fois, lieu près de Poitiers, à Nouaillé-Maupertuis, le 19 septembre 1356. C'est une véritable déroute des troupes françaises et, de surcroit, les Anglais font prisonnier le roi Jean II. Cette défaite marque le début d'une véritable guerre civile et la perte de nombreux territoires cédés à l'ennemi.
A chaque bataille, Poitiers de trouve au centre des enjeux territoriaux, à la charnière entre la zone d'influence de Paris et celles de Bordeaux. C'est encore le cas en 1569, en pleine Guerre de religions, lorsque les troupes protestantes de l'amiral Coligny sont battues par les catholiques du duc d'Anjou, à Moncontour, au nord de Poitiers.

 

Mortelles chevauchées

Profitant d'une querelle domestique entre le roi Jean II le Bon et son gendre Charles le Mauvais, roi de Navarre, le roi anglais Édouard III rompt la trêve consécutive à la victoire de Crécy. Son fils, le prince de Galles Édouard, débarque à Bordeaux avec des troupes en septembre 1355. Surnommé le Prince Noir en raison de son armure, il se lance dans de grandes expéditions ou «chevauchées» à travers le royaume de France.

 Les Anglais pillent les villages et les bourgs et tuent les manants qui font mine de leur résister.

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 Le roi de France cherche désespérément des subsides pour faire face à ce nouveau malheur. Il réunit en décembre 1355 les états généraux. La bourgeoisie est excédée par les gaspillages de la cour. Conduite par le nouveau prévôt des marchands de Paris, Étienne Marcel, un riche marchand drapier membre de la confrérie Notre-Dame et des pèlerins de Saint-Jacques, elle concède des subsides en échange de promesses formelles de réformes.

 Tandis que les Anglais remontent de leur possession de Bordeaux vers la Loire pour une nouvelle chevauchée, le roi de France peut enfin lever une armée pour se porter à leur rencontre.

 Défaite et humiliation

 L'armée anglaise est commandée par le Prince Noir. Elle compte à peine 7.000 hommes mais elle est solidement retranchée sur le plateau de Maupertuis. Le roi de France, de son côté, aligne pas moins de 15.000 hommes.

 Malgré la charge folle des chevaliers, la bataille tourne très vite à la déroute française. Beaucoup de chevaliers sont faits prisonniers. D'autres se replient lâchement et abandonnent leur roi à son sort.

 Fidèle à sa réputation, Jean le Bon se lance à la poursuite du Prince Noir mais il est fait prisonnier ainsi que son plus jeune fils, Philippe le Hardi, qui l'avait, selon la chronique, encouragé de ses paroles dans le combat : «Père, gardez-vous à droite, père, gardez-vous à gauche !» (il recevra la Bourgogne en récompense).




 

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : 16/02/2013

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